Ateliers Lambesc

S’ouvrir aux autres


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Lam­besc

!!S’ouvrir aux autres – 20 jan­vier 2007

Nous étions sept à dan­ser.

Nous avons com­men­cé avec le besoin d’acrobatie (c’était
dans l’air ce jour-là). C’est la pre­mière fois que nous
intro­dui­sions un thème dans la décou­verte des sen­sa­tions. Le thème
aurait pu réduire le champ indi­vi­duel des sen­sa­tions spon­ta­nées.
Cette fois en tous cas, il l’a enri­chi, pour la plu­part d’entre nous :
plus de mou­ve­ments qui s’animent d’eux-mêmes, décou­vertes
inat­ten­dues : appuis divers au mur, appren­tis­sage et jeu du
dés­équi­libre, seul ou à deux, éner­gie du corps plus dis­po­nible.

Nous avons choi­si l’apprentissage du dés­équi­libre comme tech­nique de
pré­ex­pres­si­vi­té. Il s’en est sui­vi un bal­let de bas­cu­le­ments,
chutes, retour­ne­ments, ren­ver­se­ments à res­ter cul par des­sus tête. Et
lorsque deux chaus­settes roses se sont mises à dan­ser en contre­point
démul­ti­plié du pull de la même cou­leur, nous en sommes res­tés bouche
bée.

La pro­blé­ma­tique s’est for­mu­lée ain­si, peut-être mal­adroi­te­ment, mais
nous n’avons trou­vé d’autres mots : « Com­ment s’ouvrir aux autres sans
se fer­mer à soi, com­ment s’ouvrir à soi sans se fer­mer aux autres. »

Nous avons choi­si le « chef d’orchestre ges­tuel » pour déve­lop­per la
pro­blé­ma­tique : com­ment peut-il inter­agir avec ceux qu’il dirige de
façon à favo­ri­ser l’épanouissement de l’œuvre et de cha­cun.

Les mots de « Sur le théâtre de marion­nettes » de Hein­rich von Kleist
(tra­duc­tion récente de Sté­phane Brun­sch­weig aux Soli­taires
Intem­pes­tifs) devaient être écrits pour nous, ce jour-là. De la voix
qui les pro­non­çait, nous n’entendions que ceux qui s’absorbaient dans
le geste. La par­ti­tion des mots est venue peu­pler le des­sin des
corps en mou­ve­ment.

Le « chef d’orchestre ges­tuel » diri­geait la com­po­si­tion impro­vi­sée, en
explo­rant tous les pos­sibles : sug­gé­rer le mou­ve­ment, l’induire, le
diri­ger, le cana­li­ser, l’oublier, renon­cer, le lais­ser vivre.

Pour sug­gé­rer le mou­ve­ment, il faut que celui-ci s’impose au chef
d’orchestre comme le fruit mûr d’une longue matu­ra­tion. Jusqu’où le
dan­seur peut-il se lais­ser entraî­ner dans la pro­po­si­tion ? Diri­ger,
cana­li­ser est à double tran­chant, cela ne per­met pas la libre
expres­sion. Renon­cer à diri­ger est la ten­ta­tion par excel­lence, avec
le risque d’aboutir à une caco­pho­nie ges­tuelle. Lais­ser la
com­po­si­tion vivre par petites touches fut peut-être le plus créa­tif,
la marion­nette cou­pait ses fils pour tis­ser sa soie dans les
pos­sibles des corps.

Andréine Bel

D’après les retours de : Alexandre D, Andréine B, Laurent B, Leo­nar­do C, Mari­lyne M, Ken M, Raphël G.

Article créé le 16/02/2020

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