Ateliers Marseille

Résistance


Danse forum
Comptes-ren­dus des ate­liers
Mar­seille

!! Résis­tance – 14 juin 2009

— — — —

’’’’’Nadine : ’’’’’

«( …) la danse est ce qui, au-delà de la mons­tra­tion des mou­ve­ments ou de la promp­ti­tude de leurs des­sins exté­rieurs, avère la force de leur rete­nue. Certes, on ne mon­tre­ra la force de la rete­nue que dans le mou­ve­ment lui-même, mais ce qui compte est la puis­sante lisi­bi­li­té de la rete­nue.
Dans la danse ain­si conçue, le mou­ve­ment a son essence dans ce qui n’a pas eu lieu, dans ce qui est res­té inef­fec­tif ou rete­nu à l’intérieur du mou­ve­ment lui-même.

Ce serait du reste une autre manière d’aborder néga­ti­ve­ment l’idée de la danse. Car l’impulsion qui n’est pas rete­nue, la sol­li­ci­ta­tion cor­po­relle aus­si­tôt obéie et mani­feste, Nietzsche l’appelle la vul­ga­ri­té. Il écrit que « toute vul­ga­ri­té vient de l’incapacité de résis­ter à une sol­li­ci­ta­tion ». Ou encore que la vul­ga­ri­té est « que l’on est contraint de réagir, qu’on obéit à chaque impul­sion ». On défi­ni­ra par consé­quent la danse comme mou­ve­ment du corps sous­trait à toute vul­ga­ri­té. »

Alain Badiou, intro­duc­tion de « Danse et pen­sée », ouvrage col­lec­tif, éd.du GERMS – p 13.14

Cet extrait est un écho remar­quable à ce que nous avons tra­ver­sé pen­dant cette danse forum. Ce qui est nom­mé ici « vul­ga­ri­té » pour­rait être, en par­tie, ce que nous nom­mons par­fois dans nos ate­liers le « n’importe quoi ».

Nous étions quatre, et notre thème était « Résis­tance ». Y aller ou pas… dans nos sen­sa­tions, dans le mou­ve­ment, sur l’espace scè­nique… Résis­ter à la musique, aux limites du corps, à tout lâcher… La danse tout du long était tenue, rete­nue, ren­dant l’espace vivant de sa mise en ten­sion.

La camé­ra chan­geait de main d’une danse à l’autre, la musique pou­vait être mise par tous à tout moment. Ain­si la forme appar­te­nait à tout le monde, et le petit nombre de par­ti­ci­pants a favo­ri­sé, comme sou­vent, le fait que le thème soit appro­prié lui aus­si par cha­cun. La pro­blé­ma­ti­sa­tion du thème s’est ain­si faite sans y pen­ser vrai­ment, navi­guant entre conscient et spon­ta­né, volon­taire et incons­cient…

Le thème sous-tend la danse de façon incons­ciente, mais il est aus­si un regard conscient sur la danse qui a lieu. La pro­blé­ma­ti­sa­tion ne peut se faire qu’à condi­tion que ses deux pôles trouvent leur équi­libre sans cesse mou­vant… et que l’on sache le lais­ser faire.

Le jeu en vaut la chan­delle !

— — -

’’’’’Samuel : ’’’’’

Belle intro­duc­tion en effet…

Je reprends volon­tiers le mot de mon ami B. qui m’affirme que « l’on vague à nier ».

De la rete­nue comme résis­tance à la vul­ga­ri­té des puis­sants ?

Few reminds of this danse but I send it any­way.

Résis­ter à la dou­leur qui me tarau­dait les dents.

Je me sou­viens que je me suis entê­té à arpen­ter l’espace comme un balayeur qui cherche à ne pas oublier de pous­sière.

J’ai regar­dé des tor­sions et des ten­sions se faire et se défaire, et j’ai por­té mon propre poids d’un côté et de l’autre sans pou­voir m’en débar­ras­ser.

Je me sou­viens du mou­ve­ment de balai de mes bras et du frot­te­ment contre le lino…

Je me sou­viens d’une pose et d’un soleil frais et d’un aspé­gic ou deux !

Je me sou­viens aus­si de nos rires à regar­der les images après et d’une résis­tance à une cer­taine musique qui est reve­nue deux fois.

— — — — — — -

’’’’’Del­phine : ’’’’’

Ce compte ren­du tar­dif et évo­lu­tif me donne envie, d’y aller ou pas…

Allez j’y vais.

C’était une pre­mière danse forum, un pre­mier éveil des sen­sa­tions, la pre­mière fois qu’il me fal­lait trou­ver des mots sus­pen­dus au corps.

Légère et lourde à la fois, déjà de la contra­dic­tion, résis­ter à l’une ou à l’autre des sen­sa­tions, tor­sions, attente, détente… y aller ou pas.

Se poser la ques­tion, c’est déjà Résis­ter.

Du temps pour Habi­ter l’espace, s«y rou­ler tout en rete­nue, timi­de­ment, inté­rieu­re­ment…

Résis­ter, à ses envies, à ses peurs, à son envie de sor­tir, pour voir ce qui en émerge enfin

Résis­ter, à l’autre comme refuge ou comme allié,


tout en ne le ren­dant pas enne­mi

Résis­ter, à la volon­té, au pré construit


balayer l’espace d’une marche


ou de ses mains irré­sis­ti­ble­ment, ça m’a émue.

Y aller ou pas,

comme si la ten­sion d’une fin immi­nente rame­nait le mou­ve­ment à l’essentiel,

J’ai le sou­ve­nir d’un temps à deux, dos au mur, entre écri­ture auto­ma­tique et courbes

Une ren­contre de deux éner­gies qui se résistent

et pour­tant s’accordent dans leur désac­cord

Article créé le 16/02/2020 – modi­fié le 10/06/2020

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