TF et DF

Questions TF réponses DF


Danse forum
Téâtre forum et danse forum

!! Ques­tions TF / Réponses DF – mars 2009

’’Je retrans­cris ici, à ma façon, les ques­tions qui res­sortent du dia­logue que j’ai eu en pri­vé avec un acteur du théâtre forum, suite à notre article Pro­blé­ma­ti­ser en DF. Ces ques­tions me semblent impor­tantes, elles nous aident à situer la danse foum et à exer­cer un regard cri­tique sur notre pra­tique.’’

’’’Com­ment la DF peut-elle dia­lo­guer avec un public sur une oppres­sion qui touche et concerne les par­ti­ci­pants ?’’’

Le dérou­le­ment de la danse forum est dif­fé­rent de celui du théâtre de l’opprimé, en cela que lorsque nous nous foca­li­sons sur une oppres­sion (ce qui n’est pas tou­jours le cas, voir plus loin), nous ne par­tons pas d’une oppres­sion repé­rée à l’avance, mais d’une oppres­sion (au sens large men­tion­né dans « Pro­blé­ma­ti­ser en danse forum »), qui peut se conscien­ti­ser pen­dant la danse forum.

Notre sésame n’est donc pas un pro­blème choi­si par­mi d’autres pro­blèmes connus en amont de la danse forum du moment et qui nous amè­ne­rait à le foru­mi­ser. Ce sont plu­tôt nos sen­sa­tions de l’instant, qui nous indiquent com­ment nous inter­agis­sons avec le monde, inter­ac­tions à par­tir des­quelles nous pro­blé­ma­ti­sons.

La même dif­fé­rence de dyna­mique se trouve, me semble-t-il, entre le théâtre de l’opprimé qui part du géné­ral pour aller vers le par­ti­cu­lier et l’individu, et l’arc en ciel du désir qui part de l’individu pour aller au géné­ral, et au groupe.

Je pense éga­le­ment que les thèmes choi­sis en danse forum sont tous les thèmes pou­vant être pro­blé­ma­ti­sés, et pas seule­ment ceux visant une oppres­sion.

Sans exac­te­ment com­prendre pour­quoi, une « danse de l’opprimé » son­ne­rait beau­coup trop res­tric­tif à mes (nos) oreilles, alors que le théâtre de l’opprimé ouvre le pro­pos sur le « théâtre de la vie ». Un peu comme si une « danse de l’opprimé » la limi­te­rait à un seul aspect de la vie, au lieu de s’ouvrir à une « danse de la vie ». Il serait inté­res­sant de décor­ti­quer le pour­quoi du com­ment.

Tout der­niè­re­ment, comme exemple de pro­blé­ma­ti­sa­tion qui ne part pas for­cé­ment d’une oppres­sion, nous est venu le thème du pli en rap­port avec l’ego et l’agora. Ce thème est par­ti des besoins pour cer­tains de se plier, ou replier, ou plier en quatre, de se cocoo­ner ou de prendre le pli. C’est en répon­dant à ce besoin que la richesse du pli est appa­rue, pli qui peut être dû à une oppres­sion externe vécue, ou interne, mais aus­si à un besoin plus large de cohé­rence, de retrou­vailles avec soi-même avant de joindre les autres, le tout en fonc­tion de l’histoire de vie de cha­cun.

C’est dans la mesure où le pli mul­tiple a pu se for­mer, au niveau phy­sique, men­tal et émo­tion­nel, que les dan­seurs se sen­tirent peu à peu capables de se déplier, ou de déplier ce avec quoi ils étaient en rela­tion. D’autres étaient grand ouverts au départ, et ont éprou­vé le besoin de se plier en deux, en quatre, etc.

Ain­si, la richesse du pli, qui aurait pu pas­ser inaper­çue si elle n’avait été vue que sous l’angle de l’oppression, a pu se dévoi­ler dans sa com­plexi­té. Les mul­tiples plis ont été per­çus comme autant de points de vue dif­fé­rents et com­plé­men­taires, avec leurs cou­leurs et inten­si­tés propres, tous ayant leur per­ti­nence en fonc­tion de l’histoire de cha­cun, de sa réa­li­té poli­tique, sociale et intime.

’’’Pour­quoi ne pas sim­ple­ment faire une mise en scène cho­ré­gra­phique du Théâtre forum ?’’’

Ce serait en effet une pos­si­bi­li­té, mettre mes com­pé­tences de dan­seuse et cho­ré­graphe au ser­vice du théâtre de l’opprimé, et d’ailleurs, il n’est pas dit que cela ne se pro­duise pas un jour, tant je pense que le théâtre de l’opprimé est un outil fabu­leux pour faire avan­cer les situa­tions en ce monde.

’’’Pour­quoi se foca­li­ser sur les mots de théâtre ou de danse ?’’’

Si le mot théâtre n’était vrai­ment pas impor­tant, j’imagine que le théâtre forum aurait pu s’appeler : « ren­contre forum », ou « ago­ra », et le théâtre de l’opprimé : « forum de l’opprimé », par exemple.

Pen­dant la danse forum, nous nous foca­li­sons plus sur le forum que sur la danse, c’est d’ailleurs pour cela que le besoin s’est fait sen­tir assez vite de pou­voir nous consa­crer aus­si à la danse-recherche, qui est un élé­ment indis­pen­sable : pas de danse forum pos­sible sans réap­pro­pria­tion de la danse par cha­cun.

Le tabou est grand en théâtre de mon­ter sur scène quand on n’est pas « acteur », mais je peux dire qu’il est plus grand encore quand on n’est pas « dan­seur » et que l’on veut mon­ter sur une scène de danse, fut-elle de danse forum.

Et il n’est pas seule­ment ques­tion ici de dés­in­hi­bi­tion.

Com­ment se réap­pro­prier la danse sans tom­ber dans la faci­li­té et la com­plai­sance, com­ment dan­ser en accord avec notre exi­gence inté­rieure, en res­pect de soi et des autres, sans pen­ser pour les autres et sans que per­sonne ne pense pour soi, mais en réflexion coopé­ra­tive, reste tou­jours notre défi.

’’’Sans dra­ma­tur­gie claire et acces­sible pour un public visé, com­ment espé­rer un dia­logue et une recherche d’alternative pour bri­ser l’oppression ?’’’

Nous nous sommes essayés à une dra­ma­tur­gie claire et simple, chaque dan­seur endos­sant un rôle qu’il habite à sa façon, et cela nous a per­mis la pre­mière forme de pro­blé­ma­ti­sa­tion, sem­blable à celle du théâtre forum.

Les deux autres formes de pro­blé­ma­ti­sa­tion viennent avec une dra­ma­tur­gie qui se crée au fur et à mesure des impro­vi­sa­tions, dra­ma­tur­gie alors com­plexe et à nom­breux niveaux, que la danse dévoile peu à peu, nous per­met­tant éven­tuel­le­ment d’y mettre des mots. Rien de moins évident, mais c’est riche de décou­vertes (voir les comptes-ren­dus d’ateliers sur le blog).

’’’Quelle est a métho­do­lo­gie la danse forum, sachant que celle du Théâtre de l’Opprimé a pour objec­tif de trans­for­mer la socié­té ?’’’

Cer­tains d’entre nous ont de grands pro­jets de trans­for­ma­tion de la socié­té, du monde, en même temps que d’eux-mêmes. Au fond peu importe, qui com­mence en pre­mier, de la socié­té ou de l’individu, puisque quand l’un se trans­forme, l’autre aus­si. Je dirais que la danse forum a pour objec­tif la trans­for­ma­tion par la réflexion cri­tique et la com­pré­hen­sion de ce qui est, réflexion cri­tique et com­pré­hen­sion trans­for­mant le com­por­te­ment et l’action.

’’’Com­ment se situe l’esthétique de la DF en regard avec celle du TdO, qui a vu de récents déve­lop­pe­ments (danse du tra­vail au Bré­sil, danses popu­laires en Inde, poé­sie etc.) ?’’’

Augus­to pen­dant son stage en avait par­lé, disant com­bien la dimen­sion artis­tique lui impor­tait dans ce qu’il appelle l’esthétique du théâtre de l’opprimé. L’art est envi­sa­gé comme nour­ri­ture de l’être, de la réflexion cri­tique et de l’action, et en cela nous nous rejoi­gnons par­fai­te­ment.

Je conçois que le théâtre tel que le pra­tique San­joy Gan­gu­li, avec l’apport de danses popu­laires, nour­rit le Jana­ta Sans­kri­ti selon une esthé­tique pos­sible du théâtre de l’opprimé. En même temps, je dirais qu’il uti­lise l’art comme un décor (ce qui n’a rien de péjo­ra­tif), la danse, les élé­ments scé­niques et la musique deve­nant des élé­ments au ser­vice du théâtre forum et du théâtre de l’opprimé.

Ce que nous essayons de faire, c’est de pla­cer la danse à sa place de médium, de véhi­cule de sens, sen­sa­tions, ana­lyses et réflexions, mais aus­si comme outil de créa­ti­vi­té, de façon à faire de la « danse forum », et non du « théâtre forum dan­sé ».

Andréine Bel

Article créé le 16/02/2020

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