Ateliers Lambesc

L’envahissement


Danse forum
Comptes-ren­dus des ate­liers
Lam­besc

!!L’envahissement – 27 jan­vier 2007

Nous étions sept.

L’acrobatie a été pour la deuxième fois notre thème de mise en route,
avec la pos­si­bi­li­té de … « micro­ba­tie » pour ceux qui pré­fé­raient
faire le mini­mum… Au départ, nous nous relions à notre sen­sa­tion,
et elle s’exprime à tra­vers le thème.

Cette expres­sion nous a per­mis de déga­ger des élé­ments tech­niques
liés à l’acrobatie : mise en ten­sion (élec­trique !), éco­no­mie d’effort
pour que la ten­sion ne se porte que là où elle per­met le mou­ve­ment,
jeu équi­libre-dés­équi­libre, appren­tis­sage de la chute, dyna­mique des
points d’appuis, capa­ci­tés impré­vues du res­sort, négo­cia­tion ten­sion
phy­sique-ten­sion morale.

Nous avons choi­si la « mise en ten­sion » comme élé­ment tech­nique pour
faire naître les sen­sa­tions, dans la deuxième par­tie de la mise en
route.

La réci­pro­ci­té entre sen­sa­tion interne et sen­sa­tion induite a été sou­li­gnée.

La ten­sion s’est vue réha­bi­li­tée, elle a gagné en neu­tra­li­té morale
pour deve­nir un élé­ment dyna­mique. Même face à la fatigue, au mal de
tête, la ten­sion phy­sique s’est mon­trée bien­fai­trice, contre toute
attente. Et elle a jal­li en un flo­ri­lège de formes et rythmes
impré­vi­sibles.

Le fait qu’elle soit morale ou phy­sique, la mise en ten­sion nous a
ame­nés au thème de l’envahissement pour le forum.

Le ter­ri­toire enva­hi a d’abord été l’espace de deux tata­mis. Pas si
facile que cela d’envahir ! Si la per­sonne est accueillante, ou
sim­ple­ment tolé­rante, toute coha­bi­ta­tion assez bien tolé­rée…

Les fron­tières ont donc été recher­chées ailleurs. Un geste aus­si
« gen­til » que mettre sa tête sur l’épaule d’autrui s’est révé­lé être
un redou­table enva­his­se­ment de l’espace cor­po­rel, la pres­sion est
deve­nue har­cè­le­ment en un tour de main. Elle est presque arri­vée au
point de rup­ture scè­nique, les dan­seurs sur scène l’ont sen­ti et ont
fait en sorte de ne pas ver­ser dans la vio­lence « pour de vrai ».
C’est ce qui dis­tingue danse et théâtre forum du
psy­cho­drame, où la vio­lence occa­sion­nelle est enca­drée, mais bien
réelle.

Nous avons explo­ré les dif­fé­rentes façons de ne pas être enva­hi
(fuite, com­bat, feinte, inter­po­si­tion, défense), il nous reste à
trou­ver les façons de convaincre l’autre de ne pas enva­hir, le faire
chan­ger d’attitude. Ueshi­ba répé­tait à ses élèves que la fina­li­té de l’aïkido
n’est pas de vaincre l’adversaire,
mais de faire en sorte qu’il n’attaque pas.

Le bilan a tour­né autour des points sui­vants :

- Com­ment main­te­nir la « repré­sen­ta­tion », besoin d’assumer les chutes
et les impré­vus, … comme dans la vie. Appri­voi­ser les chutes est
un appren­tis­sage, comme de les incor­po­rer à l’action lorsqu’elles
sont invo­lon­taires et inat­ten­dues. Elles font alors sens, et
per­mettent la conti­nui­té de la repré­sen­ta­tion au lieu d’être un
élé­ment de rup­ture. Bien sou­vent, elles apportent en elles-mêmes des
élé­ments nou­veaux, eux-mêmes source de créa­ti­vi­té.

- La négo­cia­tion entre « ce que l’on veut faire » et « ce que l’on peut
faire » est un élé­ment éssen­tiel pour main­te­nir la repré­sen­ta­tion
dan­sée sans rup­ture. Cela per­met de reve­nir à l’essentiel.

- La place de la « pré­sen­ta­tion » dans la repré­sen­ta­tion est
impor­tante en danse forum. On part de « com­ment on est » plu­tôt que de
« com­ment on veut être ». C’est un élé­ment de récon­cil­lia­tion avec
soi-même et avec son art (ou tout autre accom­plis­se­ment).

- J’ajoute que ceci n’enlève rien au « com­ment on veut paraître »,
pré­sent lorsqu’une consigne est don­née. On peut être tout à fait
authen­tique dans le « com­ment on veut paraître ». Sinon, tout jeu
scé­nique digne de ce nom, en danse ou en théâtre, serait impos­sible,
et seul le psy­cho­drame aurait auto­ri­té en la matière.

- La « théâ­tra­li­sa­tion » du geste repose sur le men­tal, décon­nec­té de
nos sen­sa­tions. Reve­nir à l’authenticité du geste est néces­saire à
la danse comme au théâtre. Tout l’être par­ti­cipe, le mou­ve­ment est
« incor­po­ré » (au lieu de res­ter en sur­face).

- Lorsque le regard est tour­né vers les sen­sa­tions internes, com­ment
ne pas le gar­der fixe comme un zom­bie ? C’est un appren­tis­sage que
d’avoir le visage et les yeux expres­sifs et « vivants » sans ver­ser
dans l’expression « théâ­tra­li­sée ».

- Quelle que soit l’émotion sou­le­vée, la vio­lence « pour de vrai » n’a
pas sa place en danse forum comme en théâtre forum. C’est un espace
où l’on doit pou­voir se sen­tir pro­té­gé et en sécu­ri­té de façon
incon­di­tion­nelle. Comme les autres émo­tions, la vio­lence qui
s’exprime l’est de façon « jouée », repré­sen­tée, donc dis­tan­ciée.

Andréine Bel

Article créé le 16/02/2020

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