À propos de la DF

Brainstorming B


Dan­se­Fo­rum
aPro­pos­De­La­Dan­se­Fo­rum

!! Brains­tor­ming II – 15 octobre 2007



Ce brains­tor­ming II est le fruit de trois ren­contres en petits
groupes au sein de la danse forum, le 8/7/07, le 6/8/07 et le
18/9/07. Notre sup­port de réflexion a été la repré­sen­ta­tion publique
du 7/7/07 à St Michel l’Observatoire, qui est venue confir­mer ou
infir­mer nos avan­cées concep­tuelles de l’année.

1) Repré­sen­ta­tion publique

Repré­sen­ter publi­que­ment notre « tra­vail de labo­ra­toire » nous posait
pro­blème. Jusqu’à pré­sent, nous nous arran­gions, mal­gré nous et/ou
par com­mo­di­té, pour incor­po­rer le public à l’atelier. Le 7/7/07,
nous avons déci­dé de vrai­ment fran­chir le pas, et de conser­ver un
public « digne de ce nom ».

Aus­si, com­prendre pour­quoi le forum du 7 juillet a « mar­ché » était
impor­tant pour nous. Trois points se sont révé­lés déter­mi­nants :

- Nous avons eu la pos­si­bi­li­té de faire une pré­pa­ra­tion longue et en
toute quié­tude.

- Notre public était un groupe de théâtre en tra­vail depuis cinq
jours. Nous devrons aller peu à peu vers des publics non aver­tis.

- Nous avons impro­vi­sé la struc­ture au fur et à mesure, en nous
adap­tant à ce qui se pas­sait et aux besoins res­sen­tis. D’où un
plai­sir cer­tain à dan­ser, qui a peut-être été com­mu­ni­ca­tif.

Par­mi les inno­va­tions ce jour-là : éla­bo­rer le thème en avance de la
repré­sen­ta­tion, le méta­pho­ri­ser pour le public, pré­sen­ter trois
tableaux impro­vi­sés en amont du forum, pour­suivre l’improvisation
pen­dant le forum sans retour en arrière, pro­blé­ma­ti­ser après la danse
et non avant. Tout cela a per­mis la mise en scène d’un pro­ces­sus
plu­tôt que d’une his­toire.

2) Les points aux­quels nous tenons en danse forum

Avec la pra­tique et le temps, la danse forum évo­lue, fond et forme.
Mais, comme la crême qui monte lorsque l’on baratte du lait, cer­tains
aspects reviennent tou­jours à la sur­face, se rap­pe­ler à nous.

- Prendre le temps et avoir un lieu pro­té­gé. Déli­mi­ter l’espace scé­nique.

- Par­tir de là où l’on est, de com­ment on se sent, de ce qui se passe
pour nous et autour de nous.

- Liber­té de venir ou pas, de par­ti­ci­per ou non, de s’impliquer
cha­cun à sa mesure et à sa façon sans avoir à se jus­ti­fier et sans
que cela ne gêne qui­conque.

- Non-juge­ment, allié à l’évaluation de ce que nous fai­sons. Le
non-juge­ment des per­sonnes est incon­di­tion­nel.

- Exer­cice de l’esprit cri­tique, dans la forme comme dans le fond.
Il est garant de l’éducation du regard.

- Droit à l’erreur, comme outil d’apprentissage.

- Inté­grer les contraintes (musiques choi­sies, consignes etc.) comme
des élé­ments envi­ron­ne­men­taux qui nous per­mettent de res­ter reliés à
nos sen­sa­tions et à l’instant.

- Créa­tion d’un espace d’expérimentation et de créa­ti­vi­té plu­tôt que
d’un modèle.

- Accor­der autant d’intérêt à l’art de la danse qu’au forum, à
l’involontaire qu’au volon­taire, à l’inconscient qu’au conscient.

- Le mini­mum et le suf­fi­sant res­tent une recherche constante : aller à
l’essentiel, éla­guer l’inutile dans le fond comme dans la forme.

3) Arti­cu­la­tion du thème avec le besoin en tant que néces­si­té immé­diate

- Un lien appa­raît entre l’accueil incon­di­tion­nel des sen­sa­tions et
la réponse aux besoins per­çus à tra­vers ces sen­sa­tions. Si on prend
le temps d’observer de façon assez dis­tan­ciée et « neutre », la
sen­sa­tion indique en elle-même le besoin et la réponse à lui don­ner.
Ain­si la ten­sion va recen­trer et redon­ner de la cohé­rence à ce qui a
été dis­per­sé. Ce n’est qu’une fois la cohé­sion retrou­vée grâce à
l’apport de ten­sion que l’organisme peut se détendre pro­fon­dé­ment.

Pour aller des sen­sa­tions au thème, nous pas­sons par les besoins.
Nom­mer les besoins fait res­sor­tir les pro­blé­ma­tiques, ou du moins ce
qui est impor­tant pour nous à ce moment-là. En ne déci­dant pas le
thème en amont, mais en le lais­sant se déve­lop­per selon nos
néces­si­tés, nous avons plus de faci­li­té pour que le thème ne devienne
pas illus­tra­tif.

4) Equi­libre entre : a) auto-appren­tis­sage et tech­nique, b) invo­lon­taire et volon­taire

Jusqu’à il y a six mois envi­ron, nous essayions de nous mettre en
condi­tion par des exer­cices pour gui­der, déve­lop­per la sen­si­bi­li­té,
explo­rer, faci­li­ter les mou­ve­ments, sou­der le groupe, le dyna­mi­ser,
évi­ter l’illustration…

a) Nous avons peu à peu éla­gué tout cela, pour per­mettre deux
pro­ces­sus d’auto-apprentissage qui s’équilibrent :

- Le pre­mier est celui de « l’infra-technique », qui va de la
sen­sa­tion au mou­ve­ment : l’exploration de nos sen­sa­tions est source
d’inspiration, de la danse comme du forum.

- Le second concerne la pré-expres­si­vi­té, qui va du mou­ve­ment à la
sen­sa­tion, comme vivier de tech­niques ajus­tées à nos besoins
indi­vi­duels et de groupe. La pré-expres­si­vi­té per­met un
appren­tis­sage tech­nique direc­tif, mais non nor­ma­tif ni imi­ta­tif, qui
per­met à cha­cun de se réap­pro­prier, par les sen­sa­tions, les
mou­ve­ments ou pos­tures pro­po­sées.

Que l’on parte du mou­ve­ment ou de la sen­sa­tion, la neu­tra­li­té est
visée, pour jus­te­ment que puisse spon­ta­né­ment jaillir l’émotion. Les
deux approches se nour­rissent mutuel­le­ment et affinent conscience et
per­cep­tion, à la fois, des mou­ve­ments et des sen­sa­tions.

Dans cet appren­tis­sage, l’expertise est éla­bo­rée ou par­ta­gée de façon
coopé­ra­tive, elle n’est pas concen­trée dans les mains d’un ensei­gnant
sup­po­sé tout savoir, avec d’autres pour rece­voir. Cela n’exclut pas
que cer­taines par­ties de l’atelier soient diri­gées par l’un d’entre
nous. C’est une façon, pour notre groupe, de ren­for­cer les
indi­vi­dua­li­tés et les exper­tises, et cela nous évite de les nivel­ler
par le bas, comme on peut le voir dans cer­tains col­lec­tifs.

b) Nous recher­chons aus­si un équi­libre et un lien entre deux pôles :
celui axé sur l’involontaire, l’intuitif, et l’autre sur le
volon­taire, le rai­son­ne­ment. Les sen­sa­tions font le lien entre ces
deux pôles, assu­rant la spon­ta­néi­té du geste.

L’involontaire n’annihile pas la volon­té ou la déci­sion ; c’est plus
quelque chose auquel on donne voix à un moment don­né. Redon­ner voix à
l’involontaire enri­chit le volon­taire, lui donne relief, saveur,
pro­fon­deur et vice ver­sa. Il reste qu’il est extrê­me­ment dif­fi­cile
de déci­der (volon­tai­re­ment ?) de don­ner voix à l’involontaire : s’il
y a une tech­nique de fond, c’est bien celle-là.

5) Rôles pen­dant l’atelier

Joké­ri­ser, mettre les musiques et fil­mer sont des rôles exer­cés par
les dan­seurs eux-mêmes. Déter­mi­ner qui fait quoi tout au long de
l’atelier nous semble impor­tant.

Prendre des rôles dif­fé­rents à dif­fé­rents ate­liers per­met d’avoir
plu­sieurs angles de vue. Nous avons remar­qué que cela libère le
regard cri­tique. Le chan­ge­ment de rôle n’a pas besoin d’être
sys­té­ma­tique à chaque ate­lier.

6) Le pro­blème de la pro­blé­ma­ti­sa­tion

Nous nous aper­ce­vons peu à peu que pro­blé­ma­ti­ser ne revient pas à
décrire le pro­blème en une phrase ou deux, comme nous nous y
exer­cions pen­dant les ate­liers, à la suite des impro­vi­sa­tions. Ce
n’est pas non plus avoir la réponse avant la ques­tion, selon le
sché­ma du pré­sup­po­sé idéo­lo­gique. En fait, nous fai­sions de la « 
pro­blé­ma­to­lo­gie » : toute affir­ma­tion amène une ques­tion, donc il « 
faut » cher­cher les ques­tions, et en amont, trou­ver la pro­blé­ma­tique.
Nous en arri­vions à gom­mer la com­plexi­té en l’arrangeant à notre
goût, et nous ver­sions dans l’illustration.

Cette façon de pro­blé­ma­ti­ser nous obli­geait à « reprendre »
l’improvisation à par­tir de la pro­blé­ma­tique, au lieu de béné­fi­cier
de son che­mi­ne­ment et d’ajuster nos mou­ve­ments à notre res­sen­ti.

La par­tie danse du forum est basée sur la sen­sa­tion de l’instant,
fruit de notre his­toire pas­sée, pré­sente et à venir : il n’y a ni
rai­son ni néces­si­té à reve­nir en arrière dans le dérou­le­ment de la
danse forum. Chaque inter­ven­tion, par­lée ou dan­sée, fait avan­cer le
maté­riau (danse impro­vi­sée) à par­tir duquel nous pro­blé­ma­ti­sons.

A St Michel, nous avons com­men­cé, avec le public, à tou­cher du doigt
le pro­ces­sus réflexif de la pro­blé­ma­ti­sa­tion, tel qu’en parle Pau­lo
Freire : évé­ne­ment > réac­tions indi­vi­duelles > réflexion coopé­ra­tive
qui dis­tan­cie et rééva­lue les réac­tions indi­vi­duelles > action >
évé­ne­ment > etc.

Réflé­chir à nos réac­tions nous en apprend plus que si l’on essayait
d’analyser l’événement pre­mier. La rai­son pour laquelle un tel fait
ceci ou cela, on ne la connaît pas. On sait pas de quoi est faite sa
vie, les élé­ments déter­mi­nants, et ce n’est pas ce qui entre en
compte dans la pro­blé­ma­ti­sa­tion. Par contre, réflé­chir sur nos
réac­tions à un évé­ne­ment après l’avoir situé et cir­cons­tan­cié,
réac­tions émo­tives, intel­lec­tuelles, cultu­relles etc., nous per­met
d’apprendre quelque chose sur nous-mêmes et notre envi­ron­ne­ment. Nous
nous exer­çons ain­si à déve­lop­per des outils et exper­tises, et voir
com­ment arti­cu­ler l’action que nous allons mettre en œuvre sur la
scène comme dans la vie.

7) La danse forum comme acte poli­tique

Trois aspects sont appa­rus :

- Récon­ci­lia­tion de la danse avec la poli­tique et l’inverse.

- Réap­pro­pria­tion et déve­lop­pe­ment de nos exper­tises.

- Mettre en jeu, en mou­ve­ment, le corps, pour « mettre du mou­ve­ment
dans la vie, notre vie ».

[Voir wiki : http://​wiki​.leti​.lt/​p​m​w​i​k​i​.​p​h​p​?​n​=​D​a​n​s​e​F​o​r​u​m​.​D​a​n​s​e​F​o​r​u​m​E​t​P​o​l​i​t​i​que]

8) Regard cri­tique et non jugeant : où situer le « n’importe quoi » ?

Pen­dant le bilan de la repré­sen­ta­tion à St Michel, les ques­tions du « 
n’impoorte quoi » et de « l’évaluation non-jugeante » ont été
abor­dées sans trou­ver d’entente. Nous y sommes reve­nus pour essayer
d’y voir plus clair.

A- Le n’importe quoi, si tant est qu’il soit une erreur, ne
pour­rait-il avoir sa place ? N’apprend-on pas de ses erreurs ?
Certes, et c’est pour cela que le droit à l’erreur est inalié­nable
pour nous. L’erreur perd son côté culpa­bi­li­sa­teur lorsqu’elle est
rame­née à un outil d’apprentissage.

Il y a une contra­dic­tion inhé­rente à vou­loir « éva­luer sans juger »,
contra­dic­tion qu’il faut pour­tant arri­ver à résoudre ou au moins
assu­mer, si nous vou­lons pro­gres­ser sur la bonne pente.

L’exercice consiste à « lais­ser une chance » à toute expres­sion, et
en même temps ne pas consi­dé­rer que « tout se vaut ». Cen­sure et
manque de dis­cer­nem­ment sont ren­voyés dos à dos.

Toute expres­sion scé­nique a la pos­si­bi­li­té d’être per­ti­nente,
bien­ve­nue, fécon­da­trice, cela dépend en fait du contexte : assu­mée,
elle peut faire sa place.

B- Prendre posi­tion face au n’importe quoi nous a ouverts à de
nom­breuses ques­tions. Com­ment dis­cer­ner ce qui est bon ou beau de ce
qui ne l’est pas, ce qui est per­ti­nent de ce qui ne fait pas sens ?
Au nom de quoi ?

a) Une pre­mière réponse consiste à ne pas géné­ra­li­ser pour autrui ce
que l’on sent ou res­sent. Ce qui ne fait pas sens pour soi peut
faire sens pour l’autre. Et le goût change et évo­lue, la proxi­mi­té
ou la fami­lia­ri­té avec une œuvre, avec son auteur ou ceux qui
l’apprécient, nous la rendent plus acces­sible.

b) Une deuxième réponse qui nous est venue est que le « n’importe
quoi » ne peut être dési­gné comme tel que par rap­port à des cri­tères
énon­cés, et consen­suels si l’on est au sein d’un groupe.

- Nous avions à St Michel évo­qué, pour dési­gner le « n’importe quoi »,
ce qui ne res­pec­tait pas soi, ou les autres. Le res­pect serait donc
un cri­tère, même si cette notion ne repré­sente pas tout à fait la
même chose pour cha­cun. Lorsqu’un sexe en érec­tion est mon­tré sur
scène, comme c’est par­fois le cas en danse contem­po­raine, les uns
crient au n’importe quoi, au manque de res­pect, les autres y voient
du génie. L’histoire de l’art est faite de ces fric­tions sommes
toutes béné­fiques puisqu’elles font évo­luer les esprits.

Par contre, cha­cun peut savoir s’il se manque de res­pect ou que
quelqu’un lui manque de res­pect. Cela lui appar­tient, c’est son
jar­din inté­rieur.

- En danse forum, nous essayons de dan­ser selon nos sen­sa­tions, qui
se résument pour un dan­seur aux sen­sa­tions du temps, de l’espace et
du poids.

Mais faire de la sen­sa­tion un cri­tère pose à nou­veau pro­blème. Le
risque est tou­jours là, et nous devons y exer­cer notre vigi­lance, de
ne pas faire du cri­tère de la sen­sa­tion, quand elle s’applique aux
autres, une sorte de dic­ta­ture, pire qu’un condi­tion­ne­ment artis­tique
étroit.

En effet, la neu­tra­li­té abso­lue n’existe pas : dès qu’une sen­sa­tion
devient per­cep­tible, elle est ins­tan­ta­né­ment influen­cée, inter­pré­tée
selon la mémoire et le vécu.

Il nous faut aus­si dis­tin­guer la « sen­sa­tion » du « res­sen­ti ». Je
peux sen­tir mon poids, mes appuis, les uti­li­ser pour bou­ger, ou je
peux res­sen­tir mon poids, trop lourd ou trop léger à mon goût, avec
l’impression de me trai­ner ou de ne pas tou­cher terre. Je peux
sen­tir que ce dan­seur est posé sur ses appuis, ou res­sen­tir qu’il est
vani­teux.

C- Mais alors, est-ce à dire que cha­cun se débrouille avec sa
per­cep­tion sen­so­rielle et ses émo­tions, iso­lé dans sa sub­jec­ti­vi­té
sans que l’on puisse attri­buer quelque qua­li­té consen­suelle que ce
soit à une œuvre ? S’il en était ain­si, tout serait au même niveau
et nous lais­se­rait tous indif­fé­rents.

Nous avons tous expé­ri­men­té ou été témoins de « moments de grâce », où
le geste semble « se faire tout seul », en par­faite adé­qua­tion entre
l’individu et son envi­ron­ne­ment. La danse aus­si a ses moments de
grâce, quels que soient le style et l’époque. Qu’est-ce donc qui
agit et qui fait que le public est tou­ché, arrête de res­pi­rer ? La
ques­tion reste ouverte.

Bien sûr, entre ces moments rares et pri­vi­lé­giés et les moments
d’ennui, il y a toute une palette de qua­li­tés dif­fé­rentes, qui nous
touche, à des endroits dif­fé­rents de nous-mêmes. Et ces moments,
infi­nie­ment plus nom­breux que les ins­tants de grâce, sont le maté­riau
de la vie de l’œuvre, sur lequel l’être et l’artiste se construisent.
Ils ont leur beau­té propre, et sans eux, nulle œuvre ne peut prendre
forme.

Bien sûr éga­le­ment, tel spec­ta­teur va être tou­ché quand le reste de
l’audience s’ennuie, tel autre va bâiller alors que les autres « 
s’accrochent » à leur fau­teuil.

Pro­ba­ble­ment le condi­tion­ne­ment est-il omni­pré­sent, et même
indis­pen­sable à la for­ma­tion du « goût » comme de cha­cun des cinq
sens – six avec le sens du mou­ve­ment. Que ce soit phy­si­que­ment ou
men­ta­le­ment, les sens sont condi­tion­nés dès le ventre de la mère.
Chaque indi­vi­du par­ti­cipe à ce condi­tion­ne­ment mul­ti­forme, le fait
sien ou le rejette. Mais chaque indi­vi­du a aus­si son ori­gi­na­li­té
propre, et c’est de la fric­tion de ces diverses ori­gi­na­li­tés,
indi­vi­duelles ou de groupe, que naît les richesses cultu­relles
res­pec­tives.

Entre culture et sen­sa­tion, l’espace n’est pas si grand qu’elles ne
puissent être reliés par une pas­se­relle : l’art de vivre.

9) Les emprunts au théâtre forum

Nous nous ins­pi­rons du théâtre forum puisque c’est de cet outil que
nous sommes par­tis.
Imi­ter le théâtre forum revien­drait à le pla­gier. Aus­si est-il
impor­tant pour nous de citer les emprunts : cela nous per­met de rendre
au téâtre forum ce qui lui appar­tient.

La struc­ture de base de la danse forum est assez simi­laire à celle du
théâtre forum : un joker fait le lien entre scène, dan­seurs et public ;
le thème et prin­cipe de pro­blé­ma­ti­sa­tion servent de sup­port
d’échange ; le bilan est fait par tous les par­ti­ci­pants. Tout cela
repré­sente des carac­tères com­muns.

Mais dès le début, la danse forum a eu ses spé­ci­fi­ci­tés que nous
décou­vrons peu à peu en l’élaborant. Ain­si, cer­tains emprunts au
théâtre forum se sont révé­lés assez vite inadap­tés tels quels, il
nous faut les modi­fier et ils évo­lue­ront pro­ba­ble­ment tou­jours.

- Elsa nous fait remar­quer que, aupa­ra­vant, nous uti­li­sions
l’opposition « pro­ta­go­niste /antagoniste » et que nous l’avons
aban­don­née. Cela s’est pas­sé sans que nous en ayons vrai­ment
conscience.

- Un autre exemple est celui de ne lais­ser entrer sur scène qu’une
seule per­sonne à la fois. Il nous a fal­lu plus d’un an pour nous
aper­ce­voir que la danse n’est pas (un lan­gage) linéaire : elle
demande à être inves­tie sur plu­sieurs dimen­sions, spa­tiales comme
tem­po­relles.

- C’est d’ailleurs pour cela que la pro­blé­ma­tique aus­si ne peut
s’accommoder d’un dérou­le­ment linéaire, auquel nous essayions en vain
de nous réfé­rer.
Le retour aux sen­sa­tions et à la « neu­tra­li­té émo­tive » des trois
dimen­sions du mou­ve­ment (temps, espace et poids/énergie) rend sa
liberté/versatilité d’interprétation au spec­ta­dan­seur qui est ame­né à
recréer, par ses propres émo­tions, l’œuvre à sa façon. La
pro­blé­ma­tique en est d’autant plus riche et variée, évo­lu­tive.

- Com­ment assu­rer la « lisi­bi­li­té » de la danse sans en faire un « 
dis­cours » est aus­si une néces­si­té qui amène des contraintes autres
qu’en théâtre forum, dont le médium pri­vi­lé­gié est la parole.

- Augus­to Boal insiste sur la sim­pli­ci­té et la clar­té de la mise en
scène de départ, quitte à uti­li­ser des sté­réo­types. La sub­ti­li­té et
la com­plexi­té sont intro­duits par les spect’acteurs.

En danse forum, nous nous ren­dons compte que les sté­réo­types ne
per­mettent pas a prio­ri une danse selon « l’instant déci­sif », en
accord avec les sen­sa­tions. Mais ce n’est pas auto­ma­tique non plus.
Les sté­réo­types, comme d’ailleurs l’illustration ou la redon­dance,
peuvent avoir leur place ponc­tuel­le­ment, et par­ti­ci­per à la magie de
l’instant, pour­vu qu’ils soient conscien­ti­sés et assu­més comme tels.

10) Trans­mis­sion et repré­sen­ta­ti­vi­té de la danse forum

Ces ques­tions sont deve­nues inévi­tables et nous avons com­men­cé à les
consi­dé­rer. Nous sen­tons bien leur impor­tance, et en quoi elles
peuvent inflé­chir la danse forum dans le sens que nous sou­hai­tons
consen­suel­le­ment ou a contra­rio.

Seul un petit groupe a réflé­chi à haute voix. Voi­ci donc les
pré­misses d’une réflexion qui deman­de­ra à être par­ta­gée, rec­ti­fiée au
besoin, et déve­lop­pée par tous les par­ti­ci­pants régu­liers qui se
sentent concer­nés par le fonc­tion­ne­ment de la danse forum.

Trois cas de figure :

a- Les ate­liers régu­liers :

Ils sont ouverts à tous et gra­tuits (si ce n’est pour rem­bour­ser l’assurance).

L’ébauche d’une pro­po­si­tion fait sur­face : que le der­nier same­di de
chaque mois soit l’occasion d’une repré­sen­ta­tion ouverte au public
(connais­sances et amis), ce qui per­met­trait aux per­sonnes inté­res­sées
de se fami­lia­ri­ser avec la danse forum côté public, avant de
par­ti­ci­per aux ate­liers. La pré­pa­ra­tion des dan­seurs com­men­ce­rait à
18H, le public entre­rait à 20H et le forum pren­drait place jusqu’à
23H au plus tard, vision­nage de la video et bilan inclus (à confir­mer
auprès de la mai­rie de Venelles).

b- Les ate­liers ponc­tuels

La demande nous est déjà faite d’envisager de trans­mettre la danse
forum lors de WE, pour le démar­rage d’un futur groupe par exemple, ou
dans le sein d’une asso­cia­tion d’artistes inté­res­sés par notre
pra­tique.

Nous pour­rions pla­ni­fier que les dan­seurs de Lam­besc qui le
sou­haitent se déplacent ain­si ponc­tuel­le­ment, pour ani­mer un ate­lier
sur un ou deux jours, avec les per­sonnes qui nous invitent en leur
lieu.

Une rému­né­ra­tion a été envi­sa­gée, bien sûr elle arran­ge­rait pas mal
d’entre nous ; mais la gra­tui­té (frais de dépla­ce­ment et
d’hébergement rem­bour­sés) nous semble impor­tante si l’on ne veut pas
entrer dans un sys­tème (habi­tuel) qui nous manie­rait à sa façon et in
fine contre notre gré. Nous sen­tons clai­re­ment qu’ils nous faut
mettre en place une forme de trans­mis­sion adap­tée à celle de la danse
forum.

c- Les nou­veaux ate­liers

Le besoin d’ouvrir d’autres ate­liers de danse forum com­mence à se
faire sen­tir : tel dan­seur habite loin, connaît des amis sur place
qui vou­draient décou­vrir cette pra­tique, il est nor­mal qu’un groupe
se forme.

Il nous paraît tout à fait pos­sible et sou­hai­table que d’autres
ate­liers voient le jour.

Andréine a pro­po­sé une façon de les dis­tin­guer dans leur carac­tère et
spé­ci­fi­ci­té : por­ter le nom de la ville ou du vil­lage où ils ont lieu,
comme nous le fai­sons pour les ate­liers danse forum de Lam­besc. La
situa­tion géo­gra­phique, pre­mière des condi­tions de par­ti­ci­pa­tion,
serait ain­si indi­quée de suite. Le nom d’un lieu offre une cer­taine
neu­tra­li­té pour pré­sen­ter un groupe, en met­tant l’accent sur la vie
du lieu plu­tôt que sur un sym­bole per­son­nel. Une autre pro­po­si­tion a
été faite que chaque groupe de danse forum choi­sisse jus­te­ment un nom
sym­bo­lique pre­pré­sen­tant ce qui lui tient à cœur.

Nous avons évo­qué la pos­si­bi­li­té d’une « charte a mini­ma » de la
danse forum, où chaque « cata­ly­seur » s’engagerait à pré­ser­ver :

- l’espace qu’il met à dis­po­si­tion

- la liber­té de par­ti­ci­pa­tion et d’implication de cha­cun

- le res­pect incon­di­tion­nel des autres et de soi

- et la gra­tui­té, nobos­tant les frais incon­tour­nables comme
l’assurance et/ou la loca­tion du lieu si elle est néces­saire.

Inter­net, via la liste danse forum et/ou le blog
http://danse-forum.over-blog.com/,>http://danse-forum.over-blog.com/, [pour­rait ser­vir de lien entre les
dif­fé­rents groupes, avec des rap­ports d’ateliers que nous
par­ta­ge­rions pour nous tenir au cou­rant mutuel­le­ment de nos
trou­vailles, dif­fi­cul­tés et avan­cées. Ain­si la danse forum
aura-t-elle peut-être une chance de se déve­lop­per dans … « l’harmonie ».

Dans les trois cas d’ateliers, régu­liers, ponc­tuels ou nou­veaux, la
danse forum ne se pré­sente pas comme un col­lec­tif, mais plu­tôt comme
un « groupe de recherche-action coopé­ra­tive », terme emprun­té à Guy
Poi­te­vin* (ins­pi­ré de Pau­lo Freire), et auquel nous sommes arri­vés
après avoir ana­ly­sé en quoi la danse forum est un acte poli­tique.

Signa­ture :
Le groupe de (recherche-action coopé­ra­tive en) danse forum de Lam­besc
Rédac­tion : Andréine Bel

Article créé le 16/02/2020

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